Rapport d’évaluation des capacités nationales pour la réduction des risques, la préparation et la réponse aux urgences en côte d’ivoire, République de Côte d’Ivoire

Rapport d’évaluation des capacités nationales pour la réduction des risques, la préparation et la réponse aux urgences en côte d’ivoire, République de Côte d’Ivoire

Auteur : République de Côte d’Ivoire

Type de Publication : Rapport

Date de publication : Septembre 2015

Lien vers le document original

 

*Les Wathinotes sont des extraits de publications choisies par WATHI et conformes aux documents originaux. Les rapports utilisés pour l’élaboration des Wathinotes sont sélectionnés par WATHI compte tenu de leur pertinence par rapport au contexte du pays. Toutes les Wathinotes renvoient aux publications originales et intégrales qui ne sont pas hébergées par le site de WATHI, et sont destinées à promouvoir la lecture de ces documents, fruit du travail de recherche d’universitaires et d’experts.

 

Pays côtier d’Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire est confrontée de manière récurrente à des inondations et glissements de terrain. Causées par les fortes pluies durant la saison des pluies, les inondations affectent principalement les zones urbaines côtières comme Abidjan, où l’urbanisation croissante et non contrôlée favorise les catastrophes. En outre, le pays est fortement exposé à un phénomène d’érosion côtière de plus en plus prononcé entraînant des dégâts et des pertes importants.

Dans les décennies à venir, il est attendu que le changement climatique accentuera l’intensité et l’occurrence de ces phénomènes. Par ailleurs, la déforestation rapide contribue à son tour au changement climatique et représente un facteur aggravant des risques de catastrophes naturelles. Ce phénomène facilite l’avancée de la savane et une diminution de la pluviométrie annuelle. Les zones rurales et les plantations sont aussi menacées par des feux de brousse. Enfin la Côte d’Ivoire est de plus en plus vulnérable à des risques technologiques et de pollution industrielle.

L’exemple le plus récent est la crise des déchets toxiques déversés par le navire Probo Koala provoquant une importante crise environnementale et sanitaire dans la capitale économique. Alors que la Côte d’Ivoire connait une reprise rapide de sa croissance économique depuis la crise de 2010 et 2011, illustrée par une croissance du PIB de 9% en 2014, des investissements publics et privés considérables sont répartis entre les moteurs de croissance (agriculture, infrastructure et transport, industrie, santé, éducation et environnement) pour construire les bases d’une Côte d’Ivoire émergente à l’horizon 2020.

La dynamique de la reconstruction, de l’intensification de l’agriculture, du développement du secteur minier et d’industrialisation, conjuguée avec une urbanisation rapide et incontrôlée, peuvent créer les conditions d’une exposition croissante des populations et des économies aux risques de catastrophes et aux aléas climatiques. Il est critique que le prochain Plan National de Développement 2016-2020 prenne mieux en compte les risques de catastrophes pour promouvoir les conditions d’un développement durable et résilient pour éviter une accumulation de nouveaux risques.

La Côte d’Ivoire est de plus en plus vulnérable à des risques technologiques et de pollution industrielle

Pendant plusieurs décennies après son indépendance, la Côte d’Ivoire a connu stabilité politique et croissance économique. Le coup d’Etat de décembre 1999, la tentative de coup d’Etat de septembre 2002 et la crise post-électorale de décembre 2010 ont mis à rude épreuve le climat politique, économique et social. Alors que le pays connaissait une forte croissance démographique due notamment à une immigration économique continue issue de la sous région, la répartition des terres est devenue un enjeu majeur.

La problématique de la gestion de la propriété foncière est aujourd’hui une cause déterminante des conflits inter et intracommunautaires, particulièrement dans les zones de production de café et de cacao. Cette problématique a contribué à la détérioration de la confiance entre les communautés et a entraîné la fracture sociale, à travers des conflits de générations et des crises socio-politiques. Les conflits pour le contrôle des ressources naturelles se sont étendus aux plans d’eaux lagunaires et fluvio-lacustres causant souvent des tensions entre les pêcheurs allogènes et autochtones.

En outre, dans le Nord du pays, des litiges entre agriculteurs et éleveurs restent des sources de tension dont les origines se trouvent dans la destruction des cultures par les animaux de transhumance et l’absence de délimitation claire des couloirs de transhumance. Cette situation conflictuelle s’explique par l’inexistence de zones de pâturage clôturées et de parcage du bétail ainsi que le non-respect du calendrier agro-pastoral par les éleveurs.

La pratique d’une agriculture de rente extensive (cacao, café, hévéa) amplifie l’impact de la pression démographique sur le milieu environnemental. Les surfaces cultivées, estimées en 1998 à 3 millions d’hectares, ont contribué à une réduction du couvert forestier. Ce dernier est passé de 16 millions d’hectares au début du siècle à moins de 3 millions actuellement. Les questions environnementales touchent également la qualité, le cadre de vie et de l’habitat tant dans les zones urbaines que rurales. En milieu urbain, ces questions sont principalement relatives à l’assainissement, au drainage et à la gestion des déchets (domestiques, industriels, médicaux).

La dégradation de l’environnement, qui est à la fois une cause et une conséquence de l’accroissement de la vulnérabilité physique, se manifeste par différents phénomènes telles les mauvaises pratiques agricoles et de gestion de l’environnement (déboisement, destruction des bassins versants et dégradation des côtes marines), l’exploitation forestière abusive et les migrations massives des populations dans les zones à hautes potentialités agricoles qui ont accéléré la déforestation.

Par ailleurs, la diminution de certaines fonctions protectrices des écosystèmes comme les mangroves, les zones humides et les forêts de montagnes, les réserves volontaires, les forêts sacrées, a exacerbé l’impact des phénomènes de détérioration environnementale. Cette tendance multiplie d’autant la nécessité d’amplifier la capacité de réduction des inondations, de gestion des sécheresses, de stabilisation des pentes ou de contrôle des feux sauvages, d’où leur appellation d’« infrastructure naturelle ».

La pratique d’une agriculture de rente extensive (cacao, café, hévéa) amplifie l’impact de la pression démographique sur le milieu environnemental

Les catastrophes les plus récurrentes en Côte d’Ivoire sont les inondations et les glissements de terrain. Ces deux types de catastrophes sont liés aux fortes pluies durant les saisons des pluies. Elles affectent principalement Abidjan où l’urbanisation non contrôlée conjuguée à l’aléa naturel favorise les catastrophes. De 1996 à 2014, ces catastrophes ont fait plus de 129 morts et de nombreux dégâts matériels.

L’érosion côtière est de plus en plus prononcée et les dégâts matériels de plus en plus importants. L’impact de la houle combiné à l’exploitation des matériaux marins (sables et graviers), favorisent l’érosion côtière qui atteindrait 2 mètres par an à Grand Lahou et 1,5 mètres par an à l’est du canal de Vridi. Les conséquences sont multiples telles que des déplacements de population, la destruction d’infrastructures, la destruction d’écosystèmes fragiles comme les mangroves.

Le changement climatique est un facteur aggravant qui entraîne un plus grand impact et une fréquence accrue des aléas climatiques. La baisse et/ou l’irrégularité de la pluviométrie contribue considérablement au risque de feux de brousse et d’insécurité alimentaire suite à la production insuffisante de vivres. La déforestation est également un facteur aggravant. En effet, la couverture forestière qui était de 16 millions d’hectares au début du XXème siècle est passée à moins de 2,32 millions d’hectares aujourd’hui, soit une réduction de 86%. La diminution de la pluviométrie annuelle favorise l’avancée de la savane et plus particulièrement de la sécheresse.

Le Comité National de Télédétection et d’Information Géographique (CNTIG) créé par le Décret N°92-530 du 02 septembre 1992, est une structure rattachée au Cabinet de la Présidence. Il a pour mission de définir la politique, d’organiser et de coordonner les programmes en matière de géo information et de télédétection appliquée.

Le Centre de Cartographie et de Télédétection (CCT) est identifié en tant que partie prenante dans la gestion des risques. Il dépend du Bureau National d’Etudes Techniques et de Développement (BNETD) qui s’occupe des systèmes d’information géographique et produit des cartes de base à différentes échelles (1/50000, 1/200000) et couvre le territoire à 90%. Il développe des bases de données géographiques qui couvrent le pays et comportent 5 couches : route, habitat, hydrographie, occupation du sol et culture non exhaustive. Il produit pour le public des cartes des départements et régions avec les mêmes données, sauf le relief. Ces cartes couvrent l’ensemble du pays.

Composé de départements techniques regroupant tous les secteurs de développement, le Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD) a une expertise avérée dans la conduite des projets en matière de conception, d’études et de contrôle dans divers domaines d’activités.

L’Institut de Géographie Tropicale est une structure de formation et de recherche dont les interventions se situent en amont et en aval des études sur les risques et leurs conséquences. Il s’agit des risques naturels et vulnérabilité humaine, des risques côtiers liés à la dynamique des côtes et leurs impacts socio-économiques, des risques climatiques (changement climatique et impacts sur l’agriculture par exemple) et climat et risques sanitaires, environnement et risques sanitaires. Des études ont été conduites sur les risques sanitaires liés à la dégradation de l’environnement dans les communes d’Abidjan.

En 2015, un Plan d’Action National qui comporte deux volets a été adopté par le Gouvernement. Celui-ci s’articule principalement autour du diagnostic sectoriel et d’une matrice d’actions regroupant un grand nombre de projets plus ou moins en cours de développement/mise en œuvre. Le plan d’action comporte entre autres la création de centres sous régionaux de formation pour la gestion d’accidents NRBC ainsi que la formation d’une équipe spécialisée. Un laboratoire d’analyse a été créé par la plateforme et effectuait des bilans de pollution. Il mesurait l’impact des pollutions de type chimiques, biologique et radiologiques sur les écosystèmes connexes.

  • Le centre d’excellence a mis en place un Plan National d’Urgence Biologique. Celui-ci a permis un certain nombre de formations mais en général, les interlocuteurs ont cependant regrette l’absence d’équipements d’intervention.
  • Il existe une Police Environnementale (qui compte 3 agents de police). Celle-ci dispose d’un droit de verbaliser et de poursuivre en justice mais ses moyens très limites remettent en question sa pertinence et son efficacité.
  • Il existe un plan national de gestion des déchets dangereux à Abidjan.  
  • Il existe un décret pollueur payeur en Côte d’Ivoire mais il n’est pas réellement appliqué. Un décret sur l’interdiction de l’usage de sachets plastiques est passé et semble être bien appliquée.

La SODEXAM a la capacité de produire des bulletins de prévisions météorologiques pour une échéance de un à deux jours sur les phénomènes pluvieux ou orageux. 

Le réseau d’observation et climatologiques national est composé à cette date de :

  • 13 stations synoptiques fonctionnelles (5 stations automatiques et 8 stations manuelles)
  • 6 stations climatologiques dont 2 fonctionnelles
  • 22 stations agro météorologiques (stations du CNRA)
  • 8 nouvelles stations automatiques sont prévues à travers un nouveau projet
  • 70 pluviomètres sur le territoire, dont 15 pluviomètres et 30 collecteurs à Abidjan. 

Compte tenu de la superficie de la Côte d’Ivoire et des normes internationales pour un réseau d’observations météorologiques et climatiques optimal, nous devrions avoir : 70 stations synoptiques, 200 stations climatologiques et agro météorologiques ; 600 pluviomètres.
L’insuffisance de stations fait que l’information météo n’est pas très précise.
Une base de données unique centralisant toutes les informations sur les risques – à savoir des données sur les zones à risque d’aléas naturels et les données socio-économiques par secteur/ thématique – n’existe pas à cette date.

Avec le soutien financier de l’UEMOA, une cartographie des risques de la ville d’Abidjan a été effectuée en 2014 afin de délimiter les quartiers vulnérables.

Un problème important reste les feux de brousse. Ceux-ci ont un impact direct sur la sécurité alimentaire du point de vue production mais aussi nutritionnel

En matière d’alerte précoce, et en absence d’une évaluation des risques, il manque une dimension dans l’information aux autorités nationales sur les risques à long terme. L’alerte précoce reste celle du court terme qu’on lance à la veille d’un danger imminent.

Cependant la catastrophe des déchets toxiques en 2006, l’impact des inondations en 2014 et le risque d’épidémie Ebola déclenchée en 2014 ont été des facteurs catalyseurs pour la prise de conscience des autorités. Il y a notamment une prise de conscience progressive de la distinction entre la réponse aux catastrophes et la réduction des risques, en particulier en lien avec l’érosion côtière, les glissements de terrain et les inondations en milieu urbain.

Le Conseil National de Sécurité (CNS) est un organe rattaché à la Présidence.

L’Office National de la Protection civile (ONPC) est une institution militaire sous la responsabilité du Ministère de l’intérieur. Le Centre Intergouvernemental pour la Communication (CICG) fonctionne bien et pourrait jouer un rôle clé pour renforcer le partage de l’information entre les ministères sectoriels et avec la population.

[…] le Conseil National de Sécurité a octroyé un budget de 1,4 milliards FCFA à l’ONPC en 2015 comparé à 1 milliard FCFA en 2014. Ce budget devrait encore augmenter pour prendre en compte le salariat des nouveaux pompiers civils

Au niveau local, la réforme de décentralisation a pu, dans certains cas, créer une certaine confusion sur les responsabilités de financement de la RRC. S’agissant par exemple du financement du dispositif SAP, il y a un manque de clarté sur les responsabilités de financement de la SODEXAM et du district sur la collecte de données des pluviomètres.

Le Bureau des Nations Unies de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) est mandaté pour coordonner la réponse humanitaire, la préparation à l’urgence, appuyer la mobilisation des ressources et maintenir le plaidoyer humanitaire.

La FAO propose par ailleurs, un soutien technique, la promotion des semences améliorées au niveau communautaire et une adaptation aux calendriers culturaux face au changement climatique, l’introduction de nouvelles variétés agricoles, des interventions sur la gestion des ressources en eau, etc. En exemple, la FAO a développé des projets d’hydroponie (culture hors sols) dans le district d’Abidjan.

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) mène des actions de sensibilisation, et donne un soutien au rapatriement des réfugiés ivoiriens. A ce jour on dénombre 240 000 réfugiés ivoiriens.

Présent en Côte d’Ivoire, l’UNESCO offre un appui technique à l’élaboration des documents politique et stratégiques dans les domaines clés de son intervention (éducation, culture et communication) pour une prise en compte des questions de la réduction des risques.

La Croix Rouge de la Cote d’Ivoire (CRCI) travaille sur la modélisation des inondations sur le district d’Abidjan avec la SODEXAM et WPSLVP (UK).

La Banque Africaine de Développement (BAD) appuie le gouvernement ivoirien en matière de nutrition et de mise en place d’un système d’alerte précoce.

Dans le secteur privé les risques de catastrophes et les risques climatiques au sens large sont également peu présents dans la planification. Malgré le fait que les cultures d’exportation (en particulier le cacao, le café, les bananes) sont touchées par la variabilité et le changement climatique, à ce stade les plans de développement des différentes filières productives ne prennent pas en compte explicitement le risque climatique ou de catastrophes. Pour la première fois les plantations de bananes ont subi des pertes importantes liées aux inondations de 2014, ce qui a permis une prise de conscience de l’importance de la réduction des risques.

Au niveau institutionnel, il existe deux instances chargées du changement climatique : le Bureau du Changement Climatique qui est chargé des questions de négociation ; et le Programme National sur le Changement Climatique (PNCC) qui chapeaute la coordination des interventions d’adaptation et de mitigation. A terme, il est envisagé d’établir une commission nationale pour le Changement Climatique.

La Côte d’Ivoire est confrontée à une dégradation environnementale tant en milieu urbain qu’en milieu naturel avec la réduction du couvert forestier et de la biodiversité, et l’érosion côtière. La menace s’explique par la pression exercée par les activités humaines, agricoles et industrielles sur la forêt et les eaux ainsi que les zones côtières.

Le cadre de référence pour la planification est le Plan d’Action National pour l’Environnement adopté en 1995 qui identifiait 10 programmes prioritaires: (i) agriculture durable, (ii) préservation de la biodiversité, (iii) gestion des établissements humains (iv) gestion des zones côtières (v) pollution et contrôle des pollutions industrielles (vi) gestion intégrée de l’eau (vii) gestion de l’énergie (vii) recherché, éducation, formation (ix) gestion de l’information environnementale (x) cadre institutionnel et réglementaire.

Le secteur de l’assainissement se heurte à une absence de schémas directeurs d’assainissement dans les villes de l’intérieur, à l’insuffisance de promotion des systèmes d’assainissement individuel et au manque d’entretien et de maintenance du réseau collectif existant.

En matière d’assainissement, les interventions menées sont la prise de deux Décrets portant création et organisation de l’Office National de l’Assainissement et du Drainage (ONAD) et le Fonds National de l’Assainissement et du Drainage (FNAD) et fixant les modalités de leur fonctionnement.

L’agriculture demeure à la base de l’économie nationale de la Côte d’ivoire. En effet, elle contribue à 22% de la formation du PIB et constitue la source de revenus de 2/3 des ménages. Elle procure environ 75% des recettes d’exportation non pétrolières (PND, 2012).

Le secteur agricole est composé de trois sous-secteurs :

  • les cultures d’exportation ; 
  • la production animale et halieutique ; 
  • la production sylvicole.

Un problème important reste les feux de brousse. Ceux-ci ont un impact direct sur la sécurité alimentaire du point de vue production mais aussi nutritionnel. Dans le domaine de la santé, l’analyse sectorielle avec cartographie des vulnérabilités et risques sanitaires n’est pas encore établie.

Le secteur de l’Eau et de l’Assainissement en Côte d’Ivoire est confronté à deux problèmes principaux : l’extrême difficulté pour de nombreuses communautés en Côte d’Ivoire d’avoir accès à de l’eau potable en quantité suffisante ainsi que l’accès limité aux infrastructures de drainage et aux latrines et le dysfonctionnement des réseaux d’évacuation et de traitement des ordures ménagères.

 

Add Comment