« Même s’il est vrai que les chiffres récents publiés par l’état ivoirien indiquent une baisse de cas de mutilations génitales, le recours à cette pratique reste quand même alarmant », entretien avec Rita Pascale de l’Immaculée Kwaminan, blogueuse passionnée de leadership féminin et de l’autonomisation des femmes en Côte d’Ivoire (première partie)

« Même s’il est vrai que les chiffres récents publiés par l’état ivoirien indiquent une baisse de cas de mutilations génitales, le recours à cette pratique reste quand même alarmant », entretien avec Rita Pascale de l’Immaculée Kwaminan, blogueuse passionnée de leadership féminin et de l’autonomisation des femmes en Côte d’Ivoire (première partie)
Rita Pascale de l’Immaculée Kwaminan est juriste de formation. Elle est chargée de projet au sein de l’entreprise AYANA & Compagnie. Passionnée par le leadership féminin et par l’autonomisation de la femme, elle a créé un blog « Réalité de vie, le blog de Rita Pascale Kwaminan ». Elle est membre de l’Association des blogueurs de Côte d’Ivoire.

Quelle est la situation des droits des femmes en Côte d’Ivoire ?

Il faut reconnaître qu’en Côte d’Ivoire les choses ont considérablement changé, que ce soit sur le plan social, juridique ou politique au niveau du respect et de la protection des droits des femmes, il y a une évolution considérable.

Sur le plan politique, la loi sur le quota a été votée dans le but de pousser les femmes à s’engager en politique et aussi d’emmener les acteurs politiques à donner l’opportunité aux femmes d’occuper des postes de responsabilité au sein des structures politiques

Dans le domaine social, plus précisément au niveau de l’accès à l’emploi, la constitution ivoirienne consacre l’égal accès à l’emploi pour tous. Aujourd’hui, le sexe ne constitue pas une restriction dans le secteur de l’emploi en Côte d’Ivoire. Dans le domaine du droit du travail ivoirien, beaucoup de réformes ont été prises pour permettre aux femmes d’avoir les mêmes droits que les hommes. Nous pouvons citer par exemple le fait qu’aujourd’hui les femmes enceintes peuvent bénéficier de congé de maternité rémunéré. C’est une grande avancée.

Sur le plan politique, la loi sur le quota a été votée dans le but de pousser les femmes à s’engager en politique et aussi d’emmener les acteurs politiques à donner l’opportunité aux femmes d’occuper des postes de responsabilité au sein des structures politiques.

Sur le plan juridique, notamment dans le domaine pénal, il y a aussi eu une évolution considérable en matière de protection de la femme. Il faut souligner qu’en Côte d’Ivoire, il y a beaucoup de cas de mutilations génitales et de viol. Avant au pénal, le viol n’était pas défini. Il y avait beaucoup d’abus au niveau de la justice. Lorsque les femmes étaient victimes de viol, l’acte était plutôt requalifié par les juges comme atteintes aux mœurs. Aujourd’hui avec le nouveau code pénal qui vient définir clairement le viol, la femme est encore plus protégée en ce qui concerne les violences sexuelles.

La mutilation génitale est-elle encore une pratique récurrente en Côte d’Ivoire ?

La mutilation génitale ou l’excision est une réalité dans le pays. La Côte d’Ivoire représente dans la région l’un des pays où il y a beaucoup de cas de mutilations génitales.  Même s’il est vrai que les chiffres récents publiés par l’état ivoirien indiquent une baisse de cas de mutilations génitales, le recours à cette pratique reste quand même alarmant.

La pratique de l’excision continue en Côte d’Ivoire et il est important de souligner que beaucoup de cas de mutilations génitales ne sont pas déclarés, donc pas comptabilisés dans les données officielles

La pratique de l’excision continue en Côte d’Ivoire et il est important de souligner que beaucoup de cas de mutilations génitales ne sont pas déclarés, donc pas comptabilisés dans les données officielles. Il y a encore du travail à faire à ce niveau.

Quelles sont les causes de la mutilation génitale féminine en Côte d’Ivoire ?

La pratique de la mutilation génitale en Côte d’Ivoire est un phénomène culturel. On ne pas peut citer de causes concrètes. Souvent, les filles qui se font mutiler viennent de familles qui ont vu leurs parents aussi se faire mutiler et ainsi perpétuent la pratique sans prendre en compte les conséquences néfastes de cette pratique. Il est important de souligner qu’en Côte d’Ivoire, cette pratique n’est dû ni à la religion, ni aux traditions. C’est beaucoup plus lié culture.

Quelles sont les mesures prises par l’état ivoirien pour combattre cette pratique néfaste ?

L’état Ivoirien avec l’appui d’organisations internationales comme le PNUD, ont mis en place beaucoup de mesures pour freiner ce fléau. Au niveau de l’état ivoirien, la pratique de la mutilation génitale est passible de peine pénale. Le fait que cette pratique soit pénalisée, donc peut donner lieu à des peines d’emprisonnement. Cela doit freiner les individus dans leurs volontés de la pratiquer et représente ainsi une grande victoire pour le respect et la protection des droits des femmes en Côte d’Ivoire.

L’état a aussi instauré au sein des commissariats des cellules de proximité qui permettent de prendre rapidement en charge tous ceux et celles qui sont victimes de violences et de mutilations génitales. Beaucoup de sensibilisations se font en matière d’éducation au niveau des associations et des partenaires de l’état.

Y a-t-il des mouvements ou associations féministes en Côte d’Ivoire qui luttent contre ces pratiques ?

Il y a beaucoup de mouvements de femmes en Côte d’Ivoire et cela prouve vraiment le dévouement des femmes ivoiriennes. Les femmes ivoiriennes sont très engagées, car elles ont très tôt compris que la défense de leurs droits et la promotion de leurs droits se feront d’abord par elles-mêmes.

Il y a aussi beaucoup d’associations de femmes en Côte d’Ivoire. Comme exemple, je peux citer l’Association des juristes de Côte d’Ivoire (AGS) qui fait beaucoup de choses dans le domaine juridique, la Ligue ivoirienne des droits de la femme, qui est une jeune association, mais qui fait aussi beaucoup de choses pour aider les femmes et l’Association des femmes et filles de ménages.

L’état a aussi instauré au sein des commissariats des cellules de proximité qui permettent de prendre rapidement en charge tous ceux et celles qui sont victimes de violences et de mutilations génitales

Je suis moi-même membre d’une association des femmes engagées pour le changement de la situation des femmes en Côte d’Ivoire. Au sein de mon association, on va retrouver plusieurs générations (des débutantes aux femmes qui sont très engagées depuis une décennie pour la promotion des droits de la femme en Côte d’Ivoire).

Que pensez-vous du féminisme, vous considérez-vous une féministe ?

Je me considère comme une féministe et je l’assume. En Afrique, le terme féministe prête souvent à confusion mais je peux dire qu’il y a beaucoup de femmes féministes en Côte d’ivoire et j’en suis une. Je travaille beaucoup sur l’autonomisation de la femme (autonomisation financière) car il est important que la femme ivoirienne et africaine de manière générale sache comment se construire financièrement.

Il est important que la femme ivoirienne et africaine de manière générale sache comment se construire financièrement

Je suis une féministe qui essaye de travailler et de parler des problèmes que rencontrent les femmes africaines dans leurs vies de tous les jours en restant africaine. Il faut adapter le combat à nos réalités. Mais moi, j’estime que je suis féministe et que le féminisme a toujours existé en Afrique.

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