Á Béré, la crise sanitaire a eu un impact psychologique important sur les populations

Á Béré, la crise sanitaire a eu un impact psychologique important sur les populations

Les entretiens de WATHI – Les régions de la Côte d’Ivoire

Monsieur Bamba Sindou

Monsieur Bamba Sindou est le maire de la commune de Sarhala située à 44 kms de Mankono, chef-lieu de région dans le Béré.

Quelle est la situation sanitaire de la Covid-19 dans votre région ?

Il faut dire que la situation est difficile, mais en général maitrisée grâce à l’action concertée de toutes les autorités préfectorales, les autorités communales, la police et la gendarmerie. Nous avons mené une bonne sensibilisation pour que les populations acceptent la pandémie et vivent avec elle comme une réalité nouvelle.  Heureusement pour nous, nous n’avons détecté aucun cas de contamination dans la région jusqu’à ce jour. Les populations ont plutôt très mal vécu la crise en raison de ses conséquences.

Les conséquences sont d’abord économiques. Ce sont des populations en général, agricoles et vous savez que l’économie agricole est une économie intégrée. Les populations ont besoin de contact et de collaboration. Ce sont autant de choses qui ont manqué. Les intrants qui sont à importer ne sont pas arrivés. Les commerçants qui viennent acheter la plus value des productions agricoles ne sont pas arrivés. Du coup, une paupérisation de la population rurale s’est installée.

Sur le plan psychologique, la situation était difficile à accepter. Depuis que nous sommes nés, il y plus de 50 ans, c’est la première fois que les communautés sont interdites de se rencontrer, surtout dans les lieux de culte. Les mosquées ont été fermées. Ce sont autant de choses qui ont vraiment affecté la psychologie générale de la population de la région.

Il est difficile de comprendre l’interdiction d’aller dans les lieux de culte pour les communautés. Certains n’ont pas compris l’interdiction de se rencontrer ; même dans les lieux privilégiés de rencontre comme les « grins ».

C’est une situation difficile psychologiquement au niveau de nos populations qui sont très hospitalières.  La situation a eu un impact psychologique important sur ces populations. Aujourd’hui, on gère encore les conséquences. La prudence est toujours de mise. Il y a quelques indisciplinés qui ne croient pas à la pandémie, mais nous avons fait une communication intensive pour que les gens croient en la maladie et prennent les dispositions qu’il faut pour respecter les mesures barrières.

Comment jugez-vous l’efficacité des mesures édictées par les autorités sanitaires ?

Je pense que les mesures préconisées par l’État de Côte d’Ivoire ont été très efficaces. Dès l’amorce de cette maladie en Chine et en Europe, on avait prédit l’apocalypse ou le grand déluge pour les populations africaines et particulièrement les populations de chez nous, majoritairement analphabètes.

Mais, grâce aux mesures préconisées par le gouvernement et relayées sur le terrain, je pense que l’efficacité a été donc remarquable. Comme je l’ai dit, il n’y a eu aucun cas de Covid-19 dans notre région. Nous pouvons dire avec certitude que le gouvernement a été efficace dans la riposte. Les mesures préconisées par le gouvernement ont été efficaces dans la maitrise de la maladie dans notre région.

Quelles leçons pouvons-nous tirer de cette crise de la Covid-19 et avez-vous d’éventuelles des recommandations à faire pour une lutte plus efficace contre la Covid-19 dans la région du Béré ?

Cette question est peut-être spirituelle ou psychologique. En ma qualité d’élu, c’est vraiment l’extrême précarité de la condition humaine que je retiens. Malgré l’évolution de la science et de la société, nous avons vu que toutes nos civilisations étaient précaires dans leur essence et que la décadence n’est pas exclue pour les civilisations mêmes les plus évoluées.

On a vu les conséquences sur les grandes civilisations comme les États-Unis, la Chine et autres. Donc, c’est avec beaucoup d’humilité que j’observe cette pandémie à l’échelle mondiale. J’attire l’attention des hommes à œuvrer dans le sens d’une science consciente. La science sans conscience aboutit à l’extermination de l’humanité.

Nous devons vraiment mettre en œuvre une science qui construit plutôt qu’une science qui détruit. Selon les informations récurrentes reçues, la pandémie serait le fait de l’Homme, que des virus se seraient échappés de laboratoires. Je ne sais pas si cette hypothèse est juste. En tout état de cause, l’homme devrait faire preuve d’humilité.

À défaut d’un vaccin à fournir aux populations, je préconise que les mesures barrières préconisées par les États soient donc accentuées et qu’on aboutisse un jour à une maitrise totale de la pandémie à l’échelle mondiale. En Afrique, nous ne sommes pas encore à un niveau de développement suffisant pour faire face à des situations d’une extrême gravité.

Je pense qu’il faut maintenir la prudence en vigueur et encourager les médecins à travailler plus rapidement ; les encourager à associer la pharmacopée africaine, les « tradipraticiens » comme on aime à les appeler pour que les principes actifs de la nature, des plantes et des racines soient aussi explorés pour qu’assez rapidement on puisse avoir un vaccin et des médicaments curatifs pour ceux qui sont malades. Tel est mon souhait.


Crédit photo : bbc.com

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