Evaluation de l’impact du COVID-19 sur l’activité des entreprises du secteur formel en Côte d’Ivoire, Institut National de la Statistique de Côte d’Ivoire et Programme des Nations Unies pour le Développement

Evaluation de l’impact du COVID-19 sur l’activité des entreprises du secteur formel en Côte d’Ivoire, Institut National de la Statistique de Côte d’Ivoire et Programme des Nations Unies pour le Développement

Auteurs : Christian Tape, Jonas Yao N’dri, Hervé Franck Akafou , Flora Sté, hanie Kacou, Vancilas Dongui , M’Boya Koto, Charles Krocro, El Allassane BAGUIA, Becaye Diarra

Organisation affiliée : Institut National de la Statistique de Côte d’Ivoire, Programme des Nations Unies pour le Développement

Type de Publication : Rapport

Date de publication : Mai 2020

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*Les Wathinotes sont des extraits de publications choisies par WATHI et conformes aux documents originaux. Les rapports utilisés pour l’élaboration des Wathinotes sont sélectionnés par WATHI compte tenu de leur pertinence par rapport au contexte du pays. Toutes les Wathinotes renvoient aux publications originales et intégrales qui ne sont pas hébergées par le site de WATHI, et sont destinées à promouvoir la lecture de ces documents, fruit du travail de recherche d’universitaires et d’experts.

 

Les principaux résultats de l’évaluation de l’impact du COVID-19 se résument comme suit :

  • Près de 16 entreprises sur 100 ont fermé leur point de ventes ou établissements.
  • 42,6% des entreprises du secteur formel ont déclaré avoir temporairement suspendu leur activité ;
  • Près de 2 entreprises modernes sur 3 ont vu leur activité réduite (63,3%).
  • Les variables économiques telles que le chiffre d’affaires, la production, l’investissement et l’emploi ont enregistré une baisse dans l’ensemble pour tout le secteur formel ;
  • La destruction temporaire de 22 962 emplois au cours du mois d’avril et une projection de 131 678 pertes d’emplois est faite pour la fin décembre 2020 ;
  • La baisse de l’activité économique annuelle de 26,2% par rapport à une année normale ;
  • Les Petites et moyennes entreprises (PME) sont beaucoup plus affectées par les effets pervers de la pandémie que les grandes entreprises ;
  • La mesure qui impacte très négativement la performance des entreprises est l’isolement du grand Abidjan. Sept entreprises sur 10 ont confirmé les effets néfastes de cette mesure sur leur volume d’activité et leur profit ;
  • 34,9% des chefs d’entreprise estiment ne pas avoir de visibilité quant à une éventuelle reprise des activités ;
  • Pour plus de la moitié des entreprises (62,15%), le besoin de trésorerie pourrait se rapprocher d’une valeur approximative de 10 000 milliards de FCFA.
  • Les mesures d’accompagnement des entreprises présentées dans le plan de riposte du Gou- vernement agissent positivement dans l’ensemble sur le chiffre d’affaires et les charges selon les dires des chefs d’entreprises ;
  • La moitié des dirigeants d’entreprises attendent du gouvernement l’annulation du paiement des taxes et impôts pendant la période de crise.
  • L’ensemble des faitières et associations professionnelles sont impactées par cette crise. Il est important de noter que le recul du niveau de l’activité est confirmé par tous, impliquant une éventuelle difficulté à faire face aux charges pour certaines faitières.

Face à l’ampleur de l’impact négatif du COVID-19 sur l’activité des entreprises du secteur formel, les chefs d’entreprises ont formulé des recommandations à l’endroit du Gouvernement ivoirien et des partenaires au développement. Les principales attentes sont entre autres :

  • Rendre opérationnelles les mesures de soutien aux entreprises dans un délai court ;
  • Annuler la fiscalité et la parafiscalité des entreprises sur toute la période de la crise du 
COVID-19 ;
  • Approvisionner sans délai la Régie d’avance du remboursement des crédits de TVA ;
  • Mettre en place une politique d’économie d’impôt pour le soutien des banques ;
  • Mettre en place un dispositif de distribution gratuite des masques et gels aux entreprises sur 
toute la période de la crise du COVID-19 ;
  • Faire un confinement total de la ville d’Abidjan pour une réponse rapide à la crise sanitaire ;
  • Réduire les tarifs d’importation des biens et services pendant la période post crise COVID-19.

En Côte d’Ivoire, les entreprises du secteur moderne sont majoritairement des Petites et Moyennes Entreprises (PME) soit 93% de l’effectif total. Elles sont des entreprises réalisant un chiffre d’affaires annuel hors taxe inférieur à 1 milliard de FCFA et employant moins de 200 personnes.

La branche du commerce est celle qui contribue le plus à la formation du chiffre d’affaires des entreprises modernes de Côte d’Ivoire soit 50%, ce qui représente 13 460 milliards de Franc CFA. Elle est suivie de très loin des secteurs des autres tertiaires (13%) et des autres secondaires (11%). Les secteurs qui contribuent le moins sont les secteurs de l’hébergement et restauration (1%) soit moins de 160 milliards de Francs CFA, et de l’industries chimiques et pharmaceutiques (2%) soit moins de 440 milliards de Francs CFA.

En Côte d’Ivoire, le taux de croissance du PIB réel est de 6,8% en 2018, après 7,4% en 2017. Cette performance, en 2018, est imputable au maintien du dynamisme du secteur primaire (5,5%), du secteur secondaire (12,7%) et du secteur tertiaire (5,0%). En termes de contribution à la croissance du PIB, l’apport du primaire est de 1,0 point, le secondaire contribue à hauteur de 2,6 points et le tertiaire pourvoie 2,7 points. Le secteur tertiaire demeure ainsi le moteur de la croissance économique compte tenu de son poids prépondérant et de son dynamisme.

Le taux de croissance du PIB réel est de 6,8% en 2018, après 7,4% en 2017. Cette performance, en 2018, est imputable au maintien du dynamisme du secteur primaire (5,5%), du secteur secondaire (12,7%) et du secteur tertiaire (5,0%)

Pour les associations qui ont pu chiffrer, les estimations sont catastrophiques : FNIHCI prévoit une baisse de 95% de la production et des ventes. FENITOURS anticipe une baisse de la production de 90%, baisse de 90% du chiffre d’affaires et destruction de l’emploi de 86%.

La majorité des entreprises ont dû adapter leur mode de fonctionnement au contexte de crise sani- taire actuelle (COVID-19). Plus de 8 entreprises sur 10 (81,2%) ont mis en place des systèmes de travail flexible (video confé- rence, réunion téléphonique, télétravail…) et ce, quel que soit le type d’entreprise.

Près de 16 entreprises sur 100 ont fermé leur point de ventes ou établissement. Ce résultat affecte un nombre restreint de secteurs. Seulement les entreprises du transport et de l’entreposage affichent la proportion la plus élevée, 44,5%. Ensuite, viennent celles du secteur primaire ; et de l’hébergement et la restauration où respectivement 24,2% et 11,8% affirment avoir fermé des points de ventes.

Les entreprises du secteur formel ont déclaré à 42,6% avoir temporairement suspendu leur activité. L’Industrie chimique et pharmaceutique (99,2%) est la plus touchée ; suivie par l’agroalimentaire (plus de la moitié : 56,2%) ; et le secteur primaire (non loin de la moitié : 44,4%).

On note également que plus de 4 PME sur 10 sont frappées par un arrêt temporaire de leurs activités contre seulement 2,3% pour les grandes entreprises.

Plus de la moitié des entreprises modernes ont vu leur activité réduite (63,3%). Et la majorité des secteurs sont concernés. Notons que sur les 9 secteurs identifiés, 6 déclarent des baisses d’activités. En effet, pour chacun de ces secteurs, plus de la moitié des entreprises ont effectué une réduction de leur activité. Les secteurs qui sont les plus vulnérables à cet impact sont : l’industrie chimique et pharmaceutique, (99,2%), en ex-aequo le commerce et le secteur autres secondaires (93,8%) suivis par le l’hébergement et la restauration (86,8%). Tout comme les autres impacts, en ce qui concerne la réduction de l’activité, les PME (72,5%) sont plus touchées que les grandes entreprises (49,4%).

Hormis l’agroalimentaire, où seulement 29,6% des entre- prises ont déclaré avoir modifié les horaires de travail, les autres secteurs affichent plus de 50% de réponses favorables. Les secteurs les plus sensibles à cet impact sont : l’industrie chimique et pharmaceutique (100%) ; puis les secteur autres tertiaires (96,7%) ; ensuite le secteur primaire (91,6%) ; et l’hébergement et la restauration (87%).

Il s’agissait pour les entreprises d’évaluer l’impact annuel de la crise du COVID-19 sur leur production à partir de la réponse à la question suivante : « A ce jour, face à cette crise sanitaire du COVID-19, quel mouvement de votre production annuelle projetez-vous pour cet exercice comptable ? ». L’analyse des réponses indique une baisse de l’activité économique annuelle de 26,2% par rapport à une année normale. Ainsi, la baisse dans le secteur primaire (agriculture, élevage, sylviculture et pêche) se situe à 16,1% par rapport à une situation normale.

L’analyse des réponses indique une baisse de l’activité économique annuelle de 26,2% par rapport à une année normale. Ainsi, la baisse dans le secteur primaire (agriculture, élevage, sylviculture et pêche) se situe à 16,1% par rapport à une situation normale

Pour le secteur secondaire, les branches de l’agroalimentaire et des industries chimiques et pharmaceutiques sont les plus touchées avec respectivement 53,7% et 48,8% de baisse. S’agissant des services, les branches d’activités du transport (-47,7%), du commerce (-45,7%) et de l’hébergement et restauration (-35,7%) enregistrent de forte baisse.

Par ailleurs, la production des entreprises du secteur formel serait réduite par rapport à l’année précédente suite aux résultats de l’enquête. Au niveau de branche d’activité, cette baisse est plus importante dans l’agroalimentaire qui enregistre une baisse de 53,7% de sa production. A sa suite, les branches d’activité des industries chimiques et du transport enregistrent respectivement une baisse de 48,8% et de 47,7%.

Les relations entre entreprises et partenaires commerciaux ne sont pas épargnées par les effets né- fastes du COVID-19. La quasi-totalité des partenaires commerciaux des entreprises modernes de Côte d’Ivoire soit 98,0% sont affectés par la crise sanitaire du COVID-19. On note que les grandes entreprises ont 83,2 % de leurs partenaires commerciaux impactés par cette crise. Concernant les PME, elles affichent 95,6% de leurs partenaires affectés par le COVID-19. Ce résultat révèle encore la vulnérabilité des PME face à cette crise sanitaire.

Face à la pandémie du COVID-19, le Gouvernement Ivoirien n’est pas resté indifférent. Le plan national de riposte établit par le Conseil National de Sécurité (CNS) contient des mesures d’accompagne- ment des entreprises. En outre, il a été mis en place un fonds de soutien au secteur privé pour un montant de 250 milliards de FCFA, prenant en compte le renforcement du soutien aux PME pour au moins 100 milliards de FCFA et la mise en place de fonds de garantie, afin d’avoir un effet de levier sur l’accès au crédit ; ce qui impacte positivement la production de plus de 1200 entreprises.

Pour rappel, le Gouvernement a pris une série de mesures qui devraient soulager les entreprises. Il s’agit entre autres de :

  • supprimer les contrôles fiscaux pour une période de trois mois ;
  • différer pour une période de trois mois le paiement des impôts, taxes et versements assimilés dus à l’État ainsi que des charges sociales du fait des difficultés de trésorerie des entreprises, réduire de 25% la patente transport ;
  • Différer pour période de trois (3) mois le paiement de l’impôt sur les revenus de capitaux (IRC) aux entreprises du tourisme et de l’hôtellerie qui éprouvent des difficultés ;
  • annuler les pénalités de retards dans le cadre de l’exécution des marchés et commandes publics avec l’État et ses démembrements durant la période de crise. Il ressort selon l’opinion des chefs d’entreprises que ces mesures impactent positivement leurs activités car, près de 47% des entreprises estiment que ces mesures auront un impact positif sur leur chiffre d’affaires, leur production, leurs charges ou leur profit.

La reprise de l’activité est interprétée comme la capacité à retrouver au moins 80% des commandes au cours de la période un an plus tôt. 24,4% des entreprises du secteur formel devraient reprendre leurs activités à partir de début septembre 2020, tandis que 21,9% des entreprises s’attendent à ce que cette reprise se produise avant début septembre 2020. Toutefois, nombreux sont les chefs d’entreprise qui estiment ne pas avoir de visibilité (34,9%).

Le besoin de trésorerie traduit la situation dans laquelle une entreprise ne dispose plus de suffisamment de liquidité pour payer ses débiteurs, fournisseurs ou salariés à la date prévue. Les résultats des calculs montrent que le besoin de trésorerie serait estimé à plus de 100 millions de FCFA pour plus de la moitié des chefs d’entreprise (62,15%). Seulement 1741, soit 5,8% des entreprises estiment qu’aucun support financier n’est nécessaire. Pour les 32,05% restant, le montant des besoins de trésorerie a pu être évalué. Pour ces derniers, le besoin serait estimé globalement à 2,327 milliards FCFA.

La crise sanitaire du COVID-19 et les mesures de lutte du Gouvernement ivoirien affectent significativement les activités des entreprises du secteur moderne

En conséquence, en tenant compte des entreprises ayant indiqué un besoin de trésorerie de plus de 100 milliards, on pourrait se rapprocher d’une valeur approximative de près de 10 000 milliards de FCFA. Les entreprises du secteur formel ont exprimé de nombreuses attentes à l’endroit du Gouvernement. Il s’agit de mesures qui les aideront à mieux surmonter les effets néfastes de la crise sanitaire du COVID-19.

La mesure qui consiste en l’annulation du paiement des taxes et impôts pendant la période de crise est la plus privilégiée (indiquer la proportion) par les dirigeants d’entreprises. En outre, la moitié des chefs d’entreprise a renchéri sur cette mesure. En second lieu, 14,3% des chefs d’entreprise pensent que le confinement total de la ville d’Abidjan facilitera la réponse rapide à la crise sanitaire. La ville d’Abidjan étant l’épicentre de la maladie, cette mesure contribuera à freiner la propagation du virus.

14,3% des chefs d’entreprise pensent que le confinement total de la ville d’Abidjan facilitera la réponse rapide à la crise sanitaire. La ville d’Abidjan étant l’épicentre de la maladie, cette mesure contribuera à freiner la propagation du virus

La réduction des tarifs d’importation après la crise ; la suspension jusqu’en 2021 des contrôles fiscaux et l’exonération des charges au lieu du report de celles-ci sont considérées comme des mesures de lutte efficaces pour contrer l’impact du COVID-19. C’est ce que déclarent 7,1% des chefs d’entreprises. Ces trois mesures parallèles se placent en troisième place des attentes des dirigeants à l’endroit du gouvernement.

En somme, il faut retenir que la crise sanitaire du COVID-19 et les mesures de lutte du Gouvernement ivoirien affectent significativement les activités des entreprises du secteur moderne tant sur le plan de leur fonctionnement que sur leur performance économique et financière. Les résultats de l’étude nous indiquent une perte globale d’activité de plus de 26% avec pour conséquence une destruction de plus de 130 000 emplois salariés à fin décembre 2020 si la situation perdure.

 

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